Davide Napoli
Comme si le vent avait soulevé un morceau de corps pour le déposer et l’oublier dans la nature,
E.Lachaud. a « abandonné dans la nature » ses fragments de mémoire...
C’est face à cet abandon que se joue le temps et le paysage de « circuit ».
C’est la peur de reconnaître, de savoir et surtout de sentir que face à ces images
des faits tragiques et sans retour, se sont perdus à jamais, …
Dans les photos de E.L, on est face à une sorte d’abandon du souvenir, le sien peut-être,
pour basculer dans une mémoire toujours déplacée, interprétée, déformée par notre regard qui tombe
dans le sens ambiguë d’un morceau de tissu comme un morceau de peau laissé là,…trace dérangeante…
E.L. abandonne une partie de sa propre peau dans l’oubli d’un seul souvenir
pour garder la mémoire de son propre mouvement...
Dans les images des vêtements laissés à leur propre destin, on est en plein voyage épidermique...
encore une fois on est dans un mouvement qui se change, qui change sa propre peau...
celle de l’artiste et la nôtre aussi.
Davide Napoli
Maître de conférence, Chargé de cours à Paris I Sorbonne et à l'Université de Metz
A propos de la série Circuit, "les robes"
BIO-REFLEXIONS
Là dans une voiture sans destination précise, juste pour y être et pour y vivre,
là comme lieu unique d’habitation, habitare comme habitus vêtement,
peau, protection et zone vitale pour se déplacer et voyager sans interruption sans peur,
enfin libre de vivre et sentir et voir par le biais d’une vitre, vêtement de la distance,
prolongement du désir d’y être sans le savoir,
soif intarissable de l’ailleurs comme liquide transporteur de territoires dépourvus de confins de l'intime,
le désert de l'intime qui se déplace et déserte l’arrêt sur l'image pour une tactilité de l’histoire fictionnelle
et sans sens de culpabilité prête à quitter et à se quitter à jamais pour prendre la peau,
le vêtement du souvenir et l’habiter pour la énième fois comme mémoire fluide de la tristesse
engagée dans le chemin de la perte de vue et perte de traces à suivre,
là où la suite regarde toujours en arrière pour récolter et prendre avec soi la sortie,
l’exil de la peur et de la fragilité et les ramener à l'intérieur de l’expérience de l’autre
comme miroir de la réaction, du parcours, de l’horizon, du geste à venir, de la séparation, de la source,
de la trahison, trajet sans but et en pleine sensualité d’un corps qui dit à chaque fois le refus de son absence
et quitte les vêtements de sa présence, sans savoir si tout cela aura jamais une raison d’apparaître,
là le voyage de l’ailleurs suit les traces, les instants et les sens d'Elodie Lachaud.
Comme si une larme était tombée sur sa blessure pour la rendre à jamais sensible et transparente...
Davide Napoli
Maître de conférence, Chargé de cours à Paris I Sorbonne et à l'Université de Metz
"À vos marquees !": sport, art et architecture-Richard Conte, Martine Tabeaud - 2002 - 243 pagesELODIE LACHAUD ET DAVIDE NAPOLI Les figurants du néant Vidéo : Elodie Lachaud
|